Je me dirige vers le fond de la vallée de Zinal. Mon objectif : le refuge du Mountet. Ce nid d’altitude offre un point de vue époustouflant à 180°. Au sud du refuge, s’élancent vers le ciel sur un terrain calcaire mouvementé et parfois chaotique quelques-unes des grandes pointes de la couronne impériale. À l’ouest-sud-ouest, le Grand Cornier (3 962 m) en impose avec ses glaciers suspendus. Au sud-ouest, la Dent Blanche (4 357 m), forte de ses impressionnantes faces cuirassées de dalles, règne en maître dans ce décor magnifique : avec ses faces à peu près dégarnies de neige à cause de leurs raideurs, elle est souvent désignée comme l’une des plus belles montagnes de Suisse, la plus belle pour beaucoup d’alpinistes. Elle est séparée de l’Ober Gabelhorn (4 063 m) (autrefois, les gens de la vallée l’appelaient Lobis), située au sud-sud-est du refuge par la pointe de Zinal (3 789 m) et le mont Durand (3 713 m), tous deux couverts de glaciers qui glissent et fondent et de séracs qui défient les lois de la gravité et menacent de s’écrouler. Enfin, à l’est-sud-est, s’élève le Zinalrothorn (4 221 m), le troisième des cinq 4 000 de la mythique couronne visibles depuis le refuge. Là-haut, je suis totalement écrasé par les masses montagneuses qui m’entourent : grande ambiance ! On touche au sublime.
Ce cirque est véritablement un haut-lieu de l’alpinisme. C’est un arpent de géographie sacralisé par quelques hommes qui ont gravi ses plus hauts sommets. C’est aussi un morceau de territoire maudit par quelques tragédies car toutes les conquêtes, même celles des montagnes, sont aussi synonymes de larmes et de sang. Ce haut-lieu a aimanté les pionniers de l’alpinisme et continue d’irradier l’écho de leurs exploits. Aujourd’hui, quelques hommes partent sur les traces de leurs glorieux prédécesseurs.
Je passe des heures à regarder la couronne impériale. Tous les sommets qui la composent m’attirent comme les trombones le sont de l’aimant. Ils paraissent comme des forteresses imprenables. Pourtant, en les observant de plus près, l’œil avertit peut percer leurs secrets et découvrir leurs zones de faiblesse. Il est des lieux qui nous fascinent plus que d’autres. Des lieux qui éveillent en nous le vent de l’aventure et la mélodie des rêves. Le cirque de Zinal est de ceux-là. Il est déjà midi. Je dois me résoudre à quitter ces hauteurs qui hypnotisent, tourner le dos à toutes ces merveilles minérales qui accrochent sur leur flanc des glaciers tourmentés et des séracs imposants, m’éloigner pour que le magnétisme, cette force obscure qui attire, ne me retienne plus. Je replis ma tente, je fais mon sac et je pars. Mes yeux regardent désormais le bas de la vallée.
Je reviendrai...