Soudain, le matin dévoile ses pentes neigeuses et nos pensées en deviennent moins frileuses.
Emotions d'un montagnard minuscule...
Un jour, j’ai rencontré un randonneur pressé plus connu sous le nom de trailer. Il m’a doublé dans la montée d’un petit sommet de l’ouest pyrénéen. Sa progression paraissait fluide, aucune cassure dans le rythme. Au sommet de la montagne, j’apprenais qu’il venait de parcourir plus de 60 kilomètres, 61,37 kilomètres exactement ! Le trailer est précis : il maîtrise les datas ! Nous avions longuement discuté. Il roulait les « r » et ses mots s’égrenaient par saccades, de façon presque heurtée « comme la chanson lointaine des torrents mais avec de temps à autres, le bruit des roches entrechoquées ». Je lui ai demandé pourquoi il avait choisi d’aller si vite lorsqu’il par-courait les montagnes. Il m’a rétorqué qu’il n’avait pas vraiment choisi, que le phénomène d’accélération était partout et que notre époque était marquée par une course contre la montre permanente : le travail, le quotidien, la consommation, les communications et même les loisirs, tout allait désormais beaucoup plus vite. Il était pris par ce tourbillon infernal et cette dyna-mique folle qui font que l’individu se sent déconnecté de sa propre vie. L’ultra-trail lui permettait de rétablir la connexion en développant une relation émotionnelle avec le monde qui l’entoure : il se sentait à la fois acteur et récepteur. Je comprenais son but mais je ne comprenais pas les moyens mis en œuvre pour l’atteindre : pourquoi ce besoin de se déplacer plus vite en montagne pour se reconnecter à la nature ? Je lui expliquais que je prônais plutôt la lenteur en partant du principe que plus on réduisait sa vitesse, plus on étirait les heures et plus on augmentait la durée des jours ce qui favorisait la « reconnexion ». Il reprenait sa course. Je reprenais ma marche.
Et aujourd’hui encore, je continue de me déplacer au rythme lent des pas. J’avance au fil de mes « petites aventures », sans élan de conquête, sans chercher rien d’autre que du plaisir. Et faire fortune ! J’ai décrété que ma richesse serait proportionnelle au nombre de kilomètres que j’allais parcourir à pied dans les montagnes et au nombre de nuits que j’y passerai sous la tente. Je ne veux pas occuper la meilleure partie de ma vie à essayer de gagner plus d’argent afin de jouir d’une liberté douteuse durant l’autre partie. Je veux la passer à marcher dans la nature, de préférence sur les pentes des montagnes peut-être parce que, en prenant de la hauteur, je verrai le monde différemment.