Saisons
Le Bassia de Hoo attire l’œil depuis la vallée mais son ascension est rude et ponctuée par une escalade compliquée. Ses voisins immédiats – le Monesté (2 197 m) et le pic de l'Arcoèche (2 465 m) – sont accessibles aux randonneurs. Je les gravis par un sentier en balcon très agréable qui domine la vallée du Tech et sa belle étendue d’eau. Depuis la crête, le lac d’Estaing est en majesté, le Grand Gabizos et le Monné dévoilent leurs charmes tandis que les sommets frontaliers rivalisent de magnificence.
À la vue de toutes ces montagnes, je ressens une émotion particulière, une vibration intérieure encore plus forte qu’à l’accoutumée. Peut-être tout simplement parce que je sais que ma saison d’ascensions se termine aujourd’hui. Peut-être aussi parce que cette journée d’automne est délicieuse. Le vent fait craquer les branches et il y a des feuilles partout couchées sur les cailloux. Je suis en haut des montagnes et je regarde tout ce qu'octobre illumine. Je ne vois aucune bête : les troupeaux ont consommé la grasse pâture de la terre fertile et s’en sont allés vers leurs abris d’hiver dans la vallée. Les fleurs ont disparu, les herbes sont moins vivaces et les marmottes semblent prises de frénésie et de voracité en mâchant du matin au soir toute la nourriture qui se présente à elles. Elles entendent bien profiter encore de quelques festins avant que les journées deviennent trop froides et les obligent à se terrer pour une longue hibernation.
Bientôt, la montagne sera déserte, les prairies décolorées, les forêts mortes et décharnées. Toute la nature attendra la neige immaculée. Elle s’installera avec l’hiver dans quelques semaines et mettra une note grave et austère à la vallée : à perte de vue, l’épais manteau de neige, la surface miroitante des lacs gelés et les sombres parois épargnés par la glace composeront un paysage silencieux en noir et blanc. Puis le printemps pointera son nez avec ses longues journées molles et chargées de pluie. Et ensuite, lorsque sur les branches encore nues les bourgeons se prépareront à surgir, la nature se mettra à verdir et le printemps s’effacera devant l’été. Et alors, je reviendrai.