Image
Lac de Barroude au pied de la muraille du cirque éponyme


Peur sur la muraille de Barroude

Je reviens dans la vallée d’Aure. L’objectif du jour est la visite de la sévère barrière du cirque de Barroude. Ce cirque est l’envers de celui de Troumouse. Il est formé par des murailles impressionnantes « lisses comme l’acier » et hautes d’au moins 500 mètres qui témoignent des différents épisodes glaciaires qui ont façonné le paysage. À leurs pieds, s’étalent de magnifiques lacs qui servent de parvis d’azur à ce magnifique sanctuaire. Un refuge y avait été construit en 1973. Il a été détruit par un incendie probablement causé par la foudre en 2014. La compagnie d'assurance a refusé de prendre en charge le sinistre et les gardiens n’ont pas été indemnisés. Le Parc national des Pyrénées a récemment trouvé des investisseurs et une « tanière des Hautes-Pyrénées, entre terrier et cairn » accueillera des randonneurs en 2027.
        Au-dessus des lacs, j’atteins le port de Barroude et gravi deux sommets modestes – le soum de Barroude (2 674 m) et le pic de Port-Vieux (2 723 m) – qui offrent une belle vue sur les pointes qui couronnent la muraille : ce sont du nord au sud le Gerbats, le Petit Pic Blanc, le Heid ou encore le Troumouse.


Il y a quelques années, j’avais tenté l’ascension de ce pic depuis le port. Au pied de la paroi, j’avais franchi une brèche puis un petit ressaut assez difficile avant d’atteindre un replat d’herbe et de gravier. Jusque-là, tout allait relativement bien. Je collais avec l’itinéraire décrit par Luis Alejos, grand pyrénéiste et expert « 3 000 ». Ensuite, je devais chercher les points faibles de la muraille, surmonter un mur vertical et rejoindre les couloirs supérieurs qui menaient au sommet. Mais, j’ai certainement raté les passages-clés et je me suis rapidement retrouvé en difficulté. Tout d’un coup, cette paroi m’a paru vertigineuse, le rocher terriblement médiocre et le cheminement très compliqué. Et la peur est arrivée. J’ai bien essayé de la chasser mais j’étais trop mal embarqué. Mon corps était tendu, mes gestes n’étaient plus souples, ma joie de grimper était empoisonnée. Je savais qu’en pareille circonstance, je ne devais « pas céder au doute, encore moins à l’affolement. Contraindre l’esprit à reprendre l’initiative, à trouver l’antidote au poison de la peur ». J’espérais que mon être tout entier se détendrait et retrouverait la force d’avancer. C’était un espoir vain : je finissais par capituler et fuir vers des contrées plus reposantes.