En haut, sur la crête du Ruben Pantet face au massif du Balaïtous; au milieu, les lacs d'Opale et de Cambalès; en bas, Petite Fache et pic de Cambalès depuis le Ruben Pantet
Les sommets portent les noms de ceux qui étaient là les premiers...
Je me suis rendu à maintes reprises dans la vallée du Marcadau qui offre au regard tant de plaisirs avec un foisonnement de sommets, d’aiguilles, de crêtes mais aussi de torrents qui rivalisent de beauté. L’itinéraire classique se résume à la traversée de trois plateaux successifs. D’abord, le plateau du Clot dominé par un modeste verrou glaciaire poli par l’érosion. Ensuite, le plateau de Cayan et ses tourbières dominées par le massif de la Cardinquère. Enfin, le plateau de la Gole, incontestablement le plus étendu, aéré et reposant avec ses arbres abondants et ses belles cascades. C’est sur ce plateau que se trouvent une discrète chapelle et le refuge Wallon-Marcadau.
Marcadau signifie marché. Autrefois, avait lieu chaque été à l’emplacement actuel du refuge une rencontre entre les bergers des vallées de Cauterets et de Panticosa en Espagne. Un marché s’y tenait et les accords de lies et passeries établis en 1913 étaient reconduits pour éviter les discordes sur l’appartenance des sources d’eau, les querelles sur les limites territoriales et toutes autres formes de tensions qui pouvaient déboucher sur des conflits parfois violents.
Le refuge porte également le nom de Wallon : Paul Édouard Wallon1 était un pyrénéiste qui réalisa quelques premières, participa à la cartographie des Pyrénées occidentales et pris part à la fondation du CAF. La bâtisse, construite en 1910 d'après les plans de l'ingénieur Falisse, fut rénovée pour la dernière fois en 2021. Elle a été longtemps tenue par la famille Pantet. Le premier gardien s’appelait Ruben Pantet. Son nom est désormais associé à un sommet peu connu de la vallée, le pic Ruben Pantet (2 867m).
Il y a quelques années, j’avais réalisé son ascension en quittant l’itinéraire du col de la Fache près du premier lac de la Fache et en progressant dans un univers minéral sous les falaises du pic Arraillous avant de remonter des éboulis jusqu’au sommet. J’avais ensuite suivi le fil de la crête, traversé une selle herbeuse et escaladé l’arête orientale de la Petite Fache (2 947m). Là-haut, je me souviens avoir surpris une gracieuse colonie d’isards qui, pendant quelques secondes, m’avait observé avec l’oreille tendue, la tête penchée avant de détaler bien vite ! Avant que l’enchantement fut totalement rompu, j’eus le temps d’apercevoir le pelage blanc de leurs croupes tandis que le claquement de leurs sabots sur les rochers s’enfonçait dans le lointain. Là-haut, j’avais aussi apprécié le spectacle que m’offrait la vallée avec ses sapinières majestueuses, ses torrents limpides et ses lacs paisibles : à mes pieds, les lacs de Cambalès et d’Opale rutilaient entre les zones minérales. Là-haut, j’avais enfin apprécié le privilège de profiter de la sévérité et de l’authenticité des lieux sans nul témoin.
Un autre jour, je me posais sur les rives verdoyantes du lac de Bassia. Sa position en retrait du circuit traditionnel des lacs garantit la tranquillité. Le terrain offre aux mustélidés un habitat idéal : l’entassement des rocs forme des milliers de caches reliées par un labyrinthe de conduits. Une hermine vive comme l’éclair bondissait de rochers en rochers avant de disparaître tandis qu’une harde d’isards broutait les mousses qui poussent au pied des éboulis. Le lac est dominé par le pic de Bernat-Barrau (2 793 m) qui porte le nom du berger qui estivait à ses pieds. À une époque, les bergers avaient l’habitude de baptiser de leur nom les montagnes où paissaient leurs troupeaux. Ainsi, on retrouve souvent dans la nomenclature des montagnes pyrénéennes des noms qui se rapportent à la vie pastorale. Là-haut, je goûte au plaisir extatique d’une longue contemplation et je m’amollis dans les délices de la vallée du Marcadau.
1 Paul Édouard Wallon était le père d’Ernest Wallon, enseignant en droit civil à la faculté de Toulouse. En 1914, il fonda la Société des Amis du Stade Toulousain. Aujourd’hui, le stade où évolue le club de rugby le plus titré de l’hexagone porte son nom.