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La Dent de Soques

Je longe le gave de Brousset, m’élève vers la cabane de Peyrelue et traverse le vallon éponyme vers les pics du Pourtalet (2 165 m) et de Peyrelue (2 441 m) : Georges Véron prétend que depuis ces sommets, on découvre l’Ossau sous des angles propices à des clichés originaux ! C’est un argument suffisant pour que je m’y rende.
        Après les ascensions, je repasse devant la cabane de Peyrelue. Un chien se précipite sur moi et se met à aboyer. Il a les dents féroces. Je ne trouve pas d’autres solutions devant ce canidé agressif que de me retirer sur la pointe des pieds en murmurant des choses rassurantes. « Le problème réside dans l’inspiration. Que dire à [un chien] ? Je n’ai rien préparé et, reculant doucement, ne trouve que ceci : " Casses toi, mon gros lapin ! " L’injonction marche, il se retire ». Je trouve plutôt amusant que cet événement « canin » se produise au moment où je m’apprête à gravir la Dent de Soques (2 692 m). En médecine dentaire, je qualifierai cette dent de molaire tandis que le pic de Soques voisin s’apparenterait davantage à une incisive. L’incisive présente quelques difficultés d’escalade – les sangles et les cordes sont nécessaires pour la gravir – mais la molaire est accessible par un bel itinéraire qui remonte une pente herbeuse fort raide, parcourt le fil de la crête de Peyrelue, traverse des cuvettes au pied de l’Ouradé et rejoint la crête frontière. Là-haut, je me mets sous la dent le joli pic du vallon d’Estremère (2 637 m) avant l’ascension finale de la molaire.
        Je plante ma tente au sommet, je lis, je mange et j’assiste à la première partie du spectacle avec le coucher du soleil. Quand l’astre bascule derrière la terre, j'éprouve une grande sérénité. Je me repose un peu et me lève à l’aube pour apprécier pleinement la deuxième partie du spectacle avec le lever du jour et les rayons de lumière fulgurants qui fusent de toutes parts pour faire surgir les sommets de la nuit.


Le pic du Midi d'Ossau vu du sommet de la Dent de Soques