Traversée des Pyrénées par le méridien de Paris
Au printemps 2024, avant un été pyrénéen plein d’ascensions, j’ai réalisé un autre projet qui m’a fait visiter les Pyrénées-Orientales : la traversée à pied du méridien de Paris entre Dunkerque et Barcelone. Pourquoi une telle traversée ? me direz-vous. Parce que la ligne droite qui relie ces deux villes est une ligne fabuleuse : elle a été choisie pour définir le mètre ! La mesure a été réalisée par deux astronomes, Méchain et Delambre, au lendemain de la Révolution française. Ils voulaient entrer dans l’Histoire. Je suis parti sur leurs traces en fuyant dans la géographie. J’ai suivi ce méridien : c’est une ligne imaginaire, il n’est pas balisé, ce n’est pas l’autoroute piétonne de Compostelle, il se rie des obstacles, de nombreuses voies de communication le franchissent. Je l’ai suivi au plus près de la ligne : j’ai parcouru 1 600 kilomètres à pied et j’ai marché cinquante jours à travers les villes et les villages, les plaines et les plateaux, les forêts et les montagnes. Et chemin faisant, j’ai traversé les Pyrénées par le col de la Pal. J’en ai profité pour gravir quelques sommets : on ne se refait pas ! D’abord, le pic Tres Estelles (2 099 m) et le Serrat de la Menta (2 135 m) depuis le col de Mantet. Ensuite, le Roc Colom (2 507 m), le puig de la Llosa (2 456 m) et la Coma Ermada (2 504 m) au cœur de la réserve naturelle de Mantet. Lorsque j’y suis monté, le matin était d’un bleu immaculé avant que je n’aperçoive au loin vers le nord un mur de nuages effrayant. Mais j’avais vu tellement de nuages au cours des semaines passées que je ne m’étais guère soucié de cette nouvelle invasion massive. À vrai dire, je les avais même ignorés jusqu’à ce que, tout d’un coup, je sois pris par une tempête de neige, aussi soudaine que violente. Rapidement, l’espace avait perdu sa profondeur et le relief était devenu impossible à discerner. Je n’avais plus aucun repère. Vite, je regardais ma carte. Elle me révélait la présence d’une cabane sous le col de Rotjà, à moins de 3 kilomètres à vol d’oiseau de l’endroit où je me trouvais. Quelques cairns et un balisage jaune-rouge à peine discernables m’aidaient à rejoindre l’abri de tôle. Il me fallait une bonne heure dans le duvet pour que mon corps oublie qu’il avait eu très froid sur le sentier. Je restais enfermé dans cette cabane jusqu’à ce que le silence revienne, seulement troublé par ma respiration. La suite… Brouillard, boussole et délivrance ! Je franchissais le col de la Pal et j’entrais en Espagne. Il ne me restait plus qu’à descendre vers Barcelone !