Hôtel des Voyageurs pendant sa période faste
L'Hôtel des Voyageurs
Je descends ensuite à Gavarnie. Je me sens un peu flagada et déprimé par ces brutales retrouvailles avec la foule. Assis à la terrasse d’un bar, je regarde passer des touristes réjouis par leur promenade en famille. Je regarde « avec étonnement leurs visages étrangers : on n’est plus sur la même planète, on n’est plus sur sa planète et tout est à recommencer ». Je me rends ensuite devant l’hôtel des Voyageurs dont j’ai lu tant d’histoires. Avant 1860, ce n’était qu’une auberge. Mais pas n’importe quelle auberge ! Elle avait notamment accueilli Ramond de Carbonières, l'un des premiers explorateurs de la haute montagne pyrénéenne puis la reine Hortense qui prétendait avoir passé en ces lieux les plus heureuses nuits de sa vie : neuf mois plus tard, venait au monde celui qui allait devenir Napoléon III ! Après 1860, l’auberge fut transformée et devint l’hôtel sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Rapidement, cet hôtel accueillit une clientèle huppée et en crinoline. Les écrivains et les pyrénéistes s'y succédèrent. Un registre des voyageurs indique les séjours de Packe, Wallon, Swan ou encore le grand Henry Russell. Au contact de ces clients riches, naissaient des générations de guides, jusque-là éleveurs, chasseurs d’isards ou contrebandiers. Descendant d’une grande famille de guides, Bastien Passet a lui aussi été porteur puis guide. En 1995, alors qu’il est âgé de 74 ans, il racontait : « Le guide, c’était un peu le domestique de ces messieurs-dames. Il portait tout, était mal équipé, mal chaussé. Moi, je marchais en chaussettes de laine sur le rocher pour ne pas user mes chaussures cloutées. Mon grand-père Henri, qui était un gros ronfleur, dormait dehors, même par grand froid, pour ne pas gêner les clients ! ». Dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’hôtel eut bien du mal à renouveler sa clientèle et à se mettre en conformité avec les normes de confort et de sécurité. Il ferma définitivement ses portes en 1990. En 2006, un incendie ravagea la partie la plus ancienne où se trouvait la chambre d’Henry Russell.
De cette partie, il ne reste aujourd’hui que la façade : triste fin pour cet hôtel de légende !