Autour de Gedre

Je me rends à Gèdre au confluent des gaves de Gavarnie et d’Héas puis je prends la petite route qui dessert le quartier de Gèdre-dessus, point de départ du sentier qui remonte le vallon de Campbieil.



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Troupeau de vaches sur le plateau de Saugué sur fond de vallon de Campbieil

Aujourd’hui, il fait vraiment chaud et après de longues heures de cuisson au soleil le long du ruisseau de Campbieil, à travers les pelouses du Pla de la Targo ou sur les éboulis du port de Campbieil, j’atteins le sommet du Lenquo de Capo (2 716 m) puis le soum des Salettes ou pic des Aguilous (2 976 m). En fin d’après-midi, je dresse mon campement sur un léger surplomb face à l’imposant et majestueux spectacle de dizaines de montagnes fièrement dressées dans le ciel des Hautes-Pyrénées : au nord, le pic Long toise les « 3 000 » du Néouvielle ; à l’ouest, le Vignemale veille sur les reliques du glacier d’Ossoue et au sud, le cirque de Troumouse impressionne par sa taille. De rares floraisons jaunes et bleues égaient le toit minéral de la montagne où je m’assieds pour assister à un spectacle son et lumière exceptionnel. Je suis aux premières loges pour écouter les déplacements symphoniques des troupeaux rameutés par les courses des chiens et les clameurs des bergers. Je suis aussi aux premières loges pour voir les teintes violacées se répandre sur la vallée et le soleil brûler les bords de grands nuages écarlates avant de s’éteindre. Le lendemain, alors qu’un voile brumeux masque partiellement le paysage, je regagne les rives verdoyantes du lac de Bassia avant de parcourir la jolie crête de Campbieil et de gravir par une suite d’ondulations herbeuses le tuc d'Arrouy (2 273 m) et le soum de Pelay (2 401 m). Là-haut, je découvre des vues inhabituelles sur la vallée de Héas, le lac des Gloriettes, le cirque de Troumouse ourlé de nombreux sommets prestigieux ou encore le plateau de Saugué sur le versant opposé de la vallée.



Je me rends sur les lieux. Les granges traditionnelles en sont le trésor. Certaines ont été rénovées mais les nouveaux propriétaires ont maintenu la tradition des pènes sur les toits. Ce sont de larges pierres en escalier avec une double pente : vers le bas pour charrier l’eau de pluie et vers l’extérieur pour protéger le pignon et faire le raccord avec la couverture de chaume. Du plateau, je contemple le panorama exceptionnel sur la montagne de Coumély, les abrupts du Piméné et le cirque de Gavarnie. Je me dirige ensuite vers la puissante crête qui sépare le vallon d’Aspé de la vallée d’Ossoue. Elle porte le soum Blanc de Secugnat dans sa partie centrale et deux sommets de tailles plus modestes dans sa partie orientale. Ce sont les soums Braqué (2 304 m) et de Canaus (2 279 m) que je gravis par un itinéraire tout en nuance de vert qui remonte les pâturages de Saugué. Là-haut, sur la crête facilement accessible depuis le col du Pourteillou, je profite de la vue – peut-être la plus belle – sur le cirque de Gavarnie : sous une ligne de crête à plus de 3 000 mètres d’altitude, trois gradins divisent l’amphithéâtre monumental dont les plissements étranges témoignent des forces prodigieuses de la Nature.



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Sur la crête entre les soums Braqué (2 304 m) et de Canaus (2 279 m)

À l’heure où les ombres s’étirent, je rejoins les rives du gave d’Aspé dont les eaux cristallines rebondissent sur les rochers. J’installe mon bivouac puis je savoure le grand calme et le paysage de perfection qui m’entoure avec ses prairies fleuries, ses collines verdoyantes et ses sommets grisonnants tentateurs. Je fixe du regard le soum d'Aspé (2 969 m) : il paraît tout près, à deux pas, presque sous la main...