Un "immense poème géologique"
Au départ de l’auberge du Maillet, je gravis le pic de Bouneu (2 726 m) par le grand couloir encaissé de la Canau qui se faufile entre deux colossaux piliers. Je complète ensuite ma quête de sommets en gravissant par une belle progression en crête le pic du Gabiédou (2 809 m) et le soum de Port Bieil (2 846 m) avant une descente vertigineuse par la montagne du Grand Gabiétou et les dalles du Maillet. Le jour suivant, je me lance dans un itinéraire sauvage à souhait qui visite d’imposants sommets à cheval entre les cirques de Troumouse et d’Estaubé. Je gravis d’abord le Mounherran (2 783 m) par les rochers de Chourrugues qui forment un formidable socle de calcaire blanc ceinturant la montagne de toutes parts à l’exception du sud. Le cheminement n’est pas évident : après avoir traversé une vire facile, franchi un ressaut de 3 à 4 mètres sur une dalle assez lisse, contourné par la droite un abrupt rocheux délicat et continué à flanc sur des dalles calcaires rayées d’un filon vert d’ophite, j’emprunte une bande herbeuse que je remonte au pied de falaises schisteuses pour éviter les rochers lisses de Chourrugues. La suite est facile jusqu’au sommet qui offre un beau coup d’œil sur un « immense poème géologique » (Schrader) que le temps a délicatement composé. Je rejoins ensuite la brèche de Mounherran en évitant quelques difficultés rocheuses et poursuis par une belle course de crête vers les pics nord (2 810 m) et central (2 807 m) d'Estaubé. Pour la descente, bis repetita parce que les choses répétées deux fois peuvent être plaisantes : je traverse les dalles du Maillet qui me paraissent moins impressionnantes que la veille !