Réflexions sur l’énergie
Après cette journée de marche courte mais suffisante, je m’installe sur un sol confortable couvert d’un tapis de fleurs et je commence la lecture du livre de Guillaume Pitron « La guerre des métaux rares ». Le soir venu, je décide de ne pas monter la tente pour que mon bivouac ait l’odeur de l’herbe et pour mieux profiter des étoiles extraordinaires qui se lèvent quand vient la nuit.
Dominant à l’ouest la plaine d’Ibech où j’ai dormi, le Turon de la Goaïta (1 805 m) et le Lauriolle (1 858 m) présentent des aspects bien différents. Si le premier attire le randonneur par la rondeur de ses formes et le vert des pelouses qui le couvrent, le second a plutôt tendance à l’effrayer par ses hautes falaises verticales et sa crête déchiquetée. Pourtant, il est possible de vaincre cette belle citadelle calcaire sans sortir sa panoplie d’alpiniste à condition d’en trouver le point faible… Je remonte le couloir vers la crête occidentale de la montagne jusqu’à venir buter sur un mur vertical. Sur le petit replat qui précède l’obstacle, je remarque à l’est une voie évidente dont la progression se fait sans s’aider des mains. Puis, je bute sur un nouvel obstacle que je contourne en traversant une vire herbeuse, étroite et exposée. Je reprends ensuite la progression vers la crête : la partie finale est un passage rocheux d’une dizaine de mètres, facile à escalader en s’assurant de bonnes prises. Une fois sur la crête, le sommet se gravit sans difficulté par son flanc nord. J’en redescends prudemment avant de retrouver mes mètres-carrés de pelouses consacrés à la lecture. Le livre entamé la veille me passionne. Transition énergétique, révolution numérique… Politiques, médias et industriels promettent un monde enfin affranchi du pétrole, des pollutions, des pénuries et des tensions militaires. L’auteur montre qu’il n’en est rien puisqu’en nous émancipant des énergies fossiles, nous sécrétons en réalité une autre dépendance : celle aux métaux rares !
Dans mes voyages, j’ai plutôt tendance à me déplacer vers l’ouest : c’est peut-être le point cardinal de toutes mes fascinations ! Et si je devais un jour traverser les Pyrénées à pied, j’irais des Pyrénées méditerranéennes vers les Pyrénées atlantiques, de l’est vers l’ouest ! À croire que je me plais à suivre la course du soleil. Mais, à force d’aller trop loin à l'ouest, on finit par se retrouver à l’est, n’en déplaisent aux platistes ! Alors, après avoir visité le côté ouest du plateau d’Ibech, je me retrouve sur le côté est, là où une crête en forme de fer à cheval domine les estives de Gerbe. Elle porte trois sommets : le pic de Gerbe165 (1 901 m) qui en est son point culminant, le Pla Troubat166 (1 877 m) à la fois le plus petit et le moins connu et les rochers des Cinq Monts167 (1 882 m) qui sont composés de cinq pics d’altitude voisine, 1 400 mètres à l’aplomb du village de Laruns. Je réalise ce joli parcours de crête par la combe de Gerbe de Haut. Puis, je termine le livre qui me tient en haleine. « N’est-il pas absurde de conduire une mutation écologique qui pourrait tous nous empoisonner aux métaux lourds avant même que nous l’ayons mené à bien ? Peut-on sérieusement prôner l’harmonie confucéenne par le bien-être matériel si c’est pour engendrer de nouveaux maux sanitaires et un chaos écologique – soit son exact contraire ? ». Finalement, à quoi bon les progrès s’ils ne font pas progresser l’homme ? « Albert Einstein nous a livré une exhortation magnifique, puissante : "On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré". Et une révolution technique, sociale, n’est porteuse de sens que si elle s’accompagne d’une révolution de nos consciences ». Finalement, la meilleure énergie ne serait-elle pas celle que nous ne consommons pas ?