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Coucher dehors

Épaulé par le col du Soulor, le col d’Aubisque fait partie intégrante de la légende du Tour de France puisque depuis sa première ascension en 1910, les coureurs l'ont franchi à plus de 70 reprises. Ici, les cyclistes sont donc plus nombreux que les randonneurs. Pourtant, le col est aussi le point de départ de quelques courtes ascensions : je gravis le soum de Grum (1 870 m) et la crête d’Andreyt avant de me rendre aux sommets du Moustachou (1 889 m), du mont Laid (1 891 m) et du Géougue de Tortes (1 945 m).
        Tous ces petits sommets dominent superbement la route en corniche qui traverse le cirque du Litor et relie la vallée d’Ossau à la vallée d’Argelès Gazost. Je m’arrête sur le bord de cette route – où les emplacements sont plutôt rares – et je m’avance sur un sentier discret dont j’ignore s’il me mènera à bon port. Il se faufile dans une végétation arbustive assez dense et s’élève par une montée raide vers les pelouses de l’étage alpin jusqu’à atteindre la cabane de Larue. Je franchis ensuite une crête et traverse le vallon sauvage de Bourroux avant de progresser le long d’une fissure herbeuse au milieu de dalles calcaires très inclinées jusqu’au pic Esquerra (2 453 m), voisin immédiat de la Latte de Bazen.
        Même si je me retrouve seul sur la montagne, je n’ai pas le temps de m’ennuyer en ma propre compagnie tant le site est charmeur avec notamment une vue originale sur l’ensemble des montagnes calcaires de Gourette. Je passe la journée dans le vallon de Bourroux. Personne n’est là pour ramener le bruit du monde et jeter un voile sur la tranquillité des lieux. Je me repose et je lis jusqu’à ce que des étoiles extraordinaires, lointaines et silencieuses se lèvent quand vient la nuit. Cet été, c’est déjà ma quarante-troisième soirée dehors. Je ne monte pas la tente et malgré le spectacle qui habituellement m’aurait tenu en éveil, je m’endors rapidement.
        Le lendemain est exactement cette journée claire et lumineuse que j'attendais. Dès le matin, le soleil triomphe. Je retrouve le cirque de Larue sous une lumière vivifiante et grimpe vers le soum de Louesque (2 489 m). C’est une montagne modeste : son altitude moyenne, sa position isolée et son accès hors-sentier font qu’elle est très rarement visitée. C’est une bonne raison pour y monter ! Là-haut, je saisis mon carnet, y dépose quelques phrases et conclus en écrivant : « Fin des ascensions béarnaises ». Je referme mon carnet mais l’histoire continue…