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Page de couverture du livre de Maguelonne Toussaint-Samat aux éditions SudOuest


Rencontre avec un conteur

À l’entrée de la gorge du Hourat, je traverse le village des Eaux-Chaudes réputé pour ses eaux utilisées pour le traitement des rhumatismes. Plus loin, près de la centrale électrique de Miégebat, j’emprunte sur la droite une piste carrossable qui remonte le vallon du Bitet où la vie sauvage est encore bien préservée. Dès le lendemain, je visite ce vallon de pied en cap depuis les gorges boisées traversées par un fougueux torrent qui dégringole en cascades successives jusqu’aux sommets qui dominent les estives de Cujalate et de Laiterine. Sur le massif du Montagnon d’Iseye qui se présente sous la forme de plusieurs pointes escarpées, je gravis la Table de Ponce (2 159 m), le Mardas (2 188 m) et le Montagnon d'Iseye (2 173 m) avant de m’offrir une balade bucolique dans un vallon truffé de petits lacs de couleur verte dont un a la particularité d’être en forme de cœur.
        En milieu d’après-midi, je dépose mes affaires dans la cabane de Cujalate pour y passer la nuit. Il n’y a personne. Le soleil est encore haut dans le ciel. J’en profite pour faire le sanglier non pas parce que je suis spécialement peu raffiné et grognon ce jour-là mais parce que l’itinéraire que j’emprunte est entièrement hors-sentier et parfois terriblement broussailleux ! Je vise la longue crête qui s’étire du pic Montaut au pic de Bouerzy, en rive gauche du vallon de Bitet. Entre les deux sommets, émerge le pène Hourque (1 785 m). Lorsque j’atteins son cairn sommital, je découvre les paysages riants et fertiles du Fond de Besse avec ses petits bosquets et ses pâturages. Je distingue aussi les pointes calcaires de Gourette. Et surtout je vois une douzaine de personnes qui s’approchent de la cabane : je comprends alors que la nuit risque d’être moins calme que prévue !
        Parmi tous les randonneurs, il y a un conteur et le soir venu, autour de la cheminée qui fume plus qu’elle ne chauffe, il nous fait partager une partie de son répertoire avec des contes indissociables des Pyrénées. Il commence toujours par « Une cop i avia » (il était une fois) … et il enchaîne avec des histoires sur Henri IV. Il évoque aussi les sarcasmes et quolibets dont une jeune femme de Laruns a été victime. Il se plaît à nous raconter les nuits agitées du curé des Eaux-Bonnes. Et, bien-sûr, il parle de l’ours : l’animal est désacralisé, parfois tourné en ridicule ou alors identifié aux hommes. J’étais parti chercher dans la montagne le seul enchantement du paysage, j’y ai trouvé la magie d’une rencontre inoubliable avec les hommes !