En haut, sur les pentes du Cambre d'Aze.
Au milieu, sur la crête du Cambre d'Aze.
En bas, au sommet du puigmal d'Err.
De vieilles montagnes érodées
Font-Romeu a une réputation de sportive. Ici, les touristes activent leurs muscles. Certains courent ou pédalent comme des dératés. D’autres pratiquent à un rythme effréné le ski à roulettes : je savais que les skieurs de fond le pratiquaient en période estivale pour préparer la saison d’hiver ; j’ignorais que cette activité était devenue une discipline à part entière. Enfin, il y a ceux qui s’adonnent à la marche nordique en se déplaçant rapidement tout en adoptant une attitude athlétique. S’il y a des sportifs, il y a aussi des scientifiques et parmi les scientifiques, il y a aussi des sportifs car sports et sciences ne sont pas deux activités incompatibles ! Les scientifiques travaillent au four solaire d'Odeillo. Construit en 1949, c’est le plus grand four solaire au monde. Il comprend une parabole d’une hauteur de 50 mètres et d’une superficie de 1 830 mètres carrés entourée de centaines de miroirs. On utilise ces miroirs pour collecter et concentrer l’énergie solaire. Ils permettent de tester à moindre coût la résistance de certains matériaux à de très hautes températures. Je profite du soleil différemment en me baladant autour de la ville. Une jolie boucle tranquille dans une vaste forêt domaniale me mène au pic dels Moros941 (2 137 m), sommet modeste qui offre un vaste panorama sur le haut plateau de la Cerdagne : les montagnes situées au sud et au sud-ouest en imposent par leur aspect massif. Ce sont mes objectifs pour les jours à venir.
Premier jour, le Puigmal d'Err (2 910 m). Ce n’est pas un sommet qui fascine et hypnotise. Il ressemble à une vieille montagne érodée. Russell disait qu’elle était trop arrondie et trop massive pour plaire à ses yeux. Et il précisait même que ces yeux avaient le culte des formes sveltes pour les montagnes comme pour les femmes ! Je gravis ce sommet par son versant occidental avant de progresser toute crête par une suite d’ondulations rocheuses ou herbeuses vers d’autres sommets secondaires qui complètent magnifiquement la vue. Ce sont le Petit Puigmal de Segre (2 810 m), le puigmal de Segre (2 843 m) et le puigmal de Llo (2 767 m). L’intérêt de cette randonnée réside plus dans les paysages lointains que l’on domine que dans la vision proche du milieu local. Au pied de ces hauts sommets, se blottissent les cimes discrètes du pic de Segalera (2 189 m) et du roc de Carbanet (1 847 m). Je les visite en traversant de vastes champs de genêts à la floraison abondante et une magnifique sapinière. J’y découvre un habitat montagnard riche en espèces végétales et je cueille quelques champignons qui ravissent mes papilles le soir venu !
Deuxième jour, les sommets de la réserve naturelle de la vallée d’Eyne. Classée depuis 1993, cette réserve surnommée « la vallée des Fleurs » abrite plus de 500 espèces végétales réparties en étages : en bas, une forêt de pins à crochets ; au milieu, des landes couvertes de genêts purgatifs en soulane et de rhodoraie en ombrée ; en haut, des pelouses alpines, des éboulis calcaires ou encore des pierriers siliceux où explosent les couleurs chatoyantes des fleurs d’altitude. Je découvre tous ces étages en parcourant l’intégralité de la réserve jusqu’au col de Nuria qui communique avec l’Espagne. Là-haut, je gravis par un joli parcours de crête en essuie-glace 5 sommets remarquables : d’un côté, l’Eina (2 786 m) et le Nou Fonts (2 861 m) ; de l’autre, le puig du col d’Eina (2 773 m), le Núria (2 794 m) et le puig des Finestrelles (2 827 m).
Troisième jour, le Cambre d'Aze (2 750 m) qui se creuse en cirque et s’ouvre face à Mont-Louis et Font-Romeu. Pour atteindre sa croix sommitale et profiter de son large panorama, je rejoins la station d’Eyne et remonte le versant nord de la montagne à gauche de l’amphithéâtre rocheux et de ses formidables murailles. Au-delà du sommet, je poursuis sur la crête pour réaliser un remarquable circuit et observer le cirque sous tous les angles.