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Pic d'Auriol depuis les étangs Moulsut


Cacophonie

Je quitte Mérens-les-Vals, remonte la nationale vers l’Andorre et m’arrête sur le parking de la gare de l’Hospitalet-près-l’Andorre. C’est le point de départ de mon itinéraire vers le refuge des Bésines. J’y accède par l’étang des Bésines puis par la jasse du Pla où le ruisseau de la Coume d’Agnel compose dans ses méandres de belles courbes au milieu de quelques pins à crochets isolés. J’arrive vers 19 heures à l’heure du repas. Les plats ont été cuisinés par les gardiens Sandrine et Philippe. Le repas est convivial fait d’échanges et de partage.
Le lendemain, je me rends vers un étang discret, à l’abri des regards et à l’écart du sentier qui s’élève vers l’échancrure du porteille des Bésines. C’est l’étang Soula Couloumé au pied de la face sud du pic de l’Estagnas. Je traverse son exutoire puis m’élève vers l’ouest sur une pente raide couverte d’herbes et d’éboulis en contournant par la droite un farouche éperon rocheux. Après la traversée d’un chaos de gros rochers, je remonte une pente herbeuse extrêmement raide en visant le point bas de la crête. Souvent, « l’ascension devient une symphonie, une danse, une esquisse qui se dessine dans le sillage de mon élévation. Je me sens aspiré par un courant ascensionnel. Je n’ai pas l’impression de monter mais de dévaler la pente comme si la montagne s’était renversée. Au lieu de s’épuiser, mes forces décuplent ». Mais aujourd’hui, l’ascension est une cacophonie. Très vite, le corps présente ses premières doléances. Les jambes sont lourdes. Les muscles se contractent. Le souffle est court. Je sens une grande fatigue dans tous mes membres. Et puis, comme si la fatigue ne suffisait pas, le doute s’immisce en même temps que de gros nuages menaçants s’installent dans le ciel. J’atteins la crête. Facile jusqu’au pic des Taulades (2 580 m), elle devient un peu plus accidentée à l’approche du pic d'Auriol (2 695 m). Soudain, le fracas de l'orage déchire le silence et un seul mot vient à mon esprit : « Casses-toi vite, vite, vite ! ». L’injonction est claire. Je prends mes jambes à mon cou et je détale précipitamment. Plus rapide qu’un isard ? Certainement pas car je souffle comme un bœuf ! Le fracas de l'orage déchire à nouveau le silence. Je sens mon pouls battre dans ma gorge. Et puis, les gros cumulus s’envolent et tout se calme lorsque j’atteins les rives de l’étang. Le temps change si vite dans les montagnes : orageux et serein dans la même demi-heure ! Je rejoins tranquillement le refuge.