Au petit matin, je parcours une belle forêt sombre imprégnée du parfum entêtant de quelques plantes avant d’atteindre la cabane Pacheu. Le berger vient de terminer la traite. Les brebis attendent patiemment dans l’enclos la liberté de circuler librement, la clairière est abondamment fleurie, le gave cascade bruyamment et la lumière d’abord timide s’élargit puis embrase les montagnes : le vallon du Baralet se réveille doucement. Il y a douze ans, la bergère m’avait accueilli dans cette cabane. Nous avions partagé œufs et lards, bu quelques verres de vin et surtout nous avions longuement discuté de sa vie en estive : les sujets s’étaient cristallisés autour des bêtes, de la traite et de la fabrication du fromage au lait cru.
Ce jour-là, était née en moi l’envie d’aller à la rencontre des bergers et des bergères. Alors, pendant des années, je suis parti vers les cabanes. J’ai eu la chance d’y être toujours très bien accueilli et j’ai beaucoup appris sur ces montagnards humbles qui ont un côté les jours heureux même quand les choses ne vont pas. Ils sont passionnés par leur métier et émerveillés par les paysages qu’ils partagent avec leurs troupeaux.
Hors-saison pastorale, les bergers ne sont plus là mais leur cabane est rarement barricadée : je m’y suis rendu à de nombreuses reprises pour de courts séjours. J’ai toujours apprécié les moments de liberté qu’elles m’offraient et les occupations saines qu’elles m’imposaient : les journées étaient occupées aux corvées quotidiennes – chercher de l’eau, couper du bois – à la lecture et à la contemplation ; les soirées se passaient devant la cheminée à contempler les bûches s’enflammer et s’effondrer dans la braise incandescente : « le visage rougi et brûlant, le dos appuyé sur la noirceur froide, [je rêvais] mollement envahi par le calme et le bien-être ».
Inspirations:
"La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l’âme, met l’être à nu, ensauvage l’esprit et embroussaille le corps mais il déploie au fond du cœur des papilles aussi sensibles que les spores. L’ermite gagne en douceur ce qu’il perd en civilité".
"Il y a trois manières de commencer sa vie : le plaisir d’abord, le sérieux plus tard ; ou bien travailler dur au début, pour se revancher vers la fin ; ou enfin mener de front le plaisir et le labeur. » La cabane, c’est le lieu de la troisième manière".
"La cabane mesure trois mètres sur trois. Un poêle en fonte assure le chauffage. Il deviendra mon ami. J'accepte les ronflements de ce compagnon-là. Le poêle est l'axe du monde. Autour de lui, tout s'organise.
"S'asseoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l'idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir".