Bivouac
À mes souvenirs du Taillon, j’associerai toujours la nuit du 26 septembre 2015. Seul au sommet de la montagne, j’avais installé ma tente alors qu’il tombait de la neige fondue. J’étais mouillé et glacé jusqu'aux os. Je rêvais d’une soirée devant les portes ouvertes d’un poêle à contempler les bûches s’enflammer et se consumer en braises rouge ardent. Je passais finalement une soirée encore plus agréable à m’enthousiasmer devant les sommets qui s’éclairaient de lueurs rouges ou orangées avant d’être enveloppés par la noirceur froide de la nuit.
J’ai bivouaqué des dizaines et des dizaines de fois pour renouveler le plaisir de ces visions prodigieuses du couchant et du levant. J’ai dormi sur des collines violacées comme si elles avaient été lavées au jus de myrtilles. J’ai dormi dans des replis à l’abri du vent alors que la tempête faisait rage. J’ai dormi à la belle étoile sous un arbre avec un bouquet de muguet sous le nez qui m’offrait une nuit parfumée. J’ai dormi sur des pelouses tellement épaisses qu’elles valaient bien les meilleurs matelas qui garnissent les plus beaux lits. Parfois, ces nuits étaient douces. Parfois, elles étaient rudes. Mais, à chaque fois, les instants du coucher ou du lever de soleil sur l’horizon enflammé avaient été divins.