Avant le Luchonnais, la Barousse!

Touchant au nord le pays toulousain, la Barousse située entre plaine et montagne est un pays de marges et de confins : je m’y arrête rarement, préférant habituellement foncer vers les paysages du Luchonnais avec ses lacs et ses hauts sommets qui s’étendent au plus près de l’Espagne. Mais cette fois-ci, j’ai bien l’intention de prendre un peu de temps pour découvrir cette vallée enclavée, presque oubliée. Rapidement, je suis charmé par ses vieux villages aux maisons typiques avec leurs charpentes de bois en arc de cercle et ses vieux châteaux posés sur des promontoires rocheux au-dessus de la rivière de l’Ourse. Dans cet arrière-pays de collines, je devine quelques lourds massifs dont seuls les plus hauts sommets émergent de la forêt.
        Mes premiers pas me portent au-dessus de la station de ski de fond de Nistos-Cap Nestès. Sur une crête voluptueuse en montagnes russes, je déambule du Cap Nestès (1 887 m) au mont d’Aspet (1 849 m) en passant par la Cave de l'Eyde627 (1 758 m) et le mont Mérac (1 736 m). Les panoramas sont gigantesques sur les montagnes du Luchonnais, sur l’imposant Arbizon qui se découvre tout entier et sur la sévère montagne d’Areng (2 079 m) qui domine la forêt domaniale de Barousse. Dans cette région boisée aux sommets généralement herbeux et arrondis, elle fait un peu exception car son versant nord présente plusieurs éperons puissants qui en imposent au-dessus de la vallée de Salabe et offrent des itinéraires hivernaux particulièrement intéressants allant des couloirs d'initiation jusqu'aux lignes de mixte. Après avoir dormi près de la cabane d’Areng – l’herbe y est accueillante, l’eau abondante et le bivouac confortable – je feinte les éperons difficiles par un couloir très raide qui débouche sur la crête. J’atteins le sommet lorsque les premiers rayons de soleil le caressent d’une lumière dorée et j’embrasse l’horizon de mes yeux éblouis d’infini qui détectent tous les objectifs des jours à venir !
        Dans l’après-midi, je me rends au port de Balès accessible par une route qui avait été goudronnée en 2006 pour permettre le passage des cyclistes du Tour de France l’année suivante. Il y a un peu de monde mais les gens sont silencieux, l’atmosphère lisse comme un miroir et la lumière limpide. Comme j’ai encore des fourmis dans les jambes, je m’engage sur une piste pastorale qui dessert quelques estives. Je déambule ensuite sur une petite crête herbeuse et atteins le sommet de Cap de Pouy Pradaus (1 899 m) au milieu d’un océan de vallées verdoyantes. En début de soirée, des nuages légers apparaissent et combinent des formes variées qui alimentent mes pensées. Je retourne vers le port en progressant dans la lumière ou dans l’ombre selon que les nuages dévoilent ou cachent le soleil. Les gens sont partis. Les nuages ont fui. La soirée est magnifique.
        Le lendemain, je me rends à pied au port de Pierrefite « ainsi nommé car une pierre dressée, d’origine vaguement mégalithique, matérialise le passage ». Du port, la plupart des randonneurs descendent vers les berges hospitalières du lac de Bareilles. À cette destination rafraîchissante, je préfère une échine ravissante. Je la remonte pour gravir le mont-Né (2 147 m), point culminant des montagnes du Comminges, et le pic Templa ou Cournudère (2 121 m) par une traversée en crête fort agréable.
        Ces sommets en retrait de la grande chaîne offrent des points de vue exceptionnels dans toutes les directions. Les limites du panorama ? Des monts Catalans aux sommets de Gavarnie ! Et, par temps clair, toutes les Pyrénées luchonnaises apparaissent dans leur moindre relief. Je fonce vers elles.