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Le vallon secret d’Aygues-Tortes

Je rejoins ensuite les lacs secrets du vallon d’Aygues-Tortes. J’installe mon campement pour les jours à venir dans ce site où je sais que je pourrais profiter pleinement de la beauté des montagnes, du silence et de la solitude.
        Le premier jour, je me rends au pic de l’Abeillé610 (3 029 m). Le sommet est séparé du pic Schrader au sud par une puissante crête longue de presque 2 kilomètres qui ne mollit jamais à moins de 3 000 mètres. Une autre crête toute aussi puissante malgré son altitude plus modeste s’étire vers le nord-nord-est en projetant sur la vallée de la Pez des faces vertigineuses hautes de plus de 1 200 mètres. Enfin, une crête dentelée, hérissée de gros gendarmes, descend vers le port frontalier de la Pez. Pour atteindre le sommet, je remonte l’intégralité du vallon d’Aygues Tortes par un sentier « instructif » où des bornes explicatives renseignent sur les lies et passeries, le tichodrome échelette ou encore les végétaux d’altitude. Après le lac de Bacherets, je remonte la face orientale du pic convoité par une succession de gradins rocheux et de petits couloirs en m’aidant parfois des mains : ça passe partout ! Là-haut, je butine çà et là quelques pensées puis je redescends en visant la crête qui ferme le vallon au nord. Je gravis le pic des Bacherets611 (2 878 m) et après un court cheminement sur une crête rocheuse, le pic de la Montagnette612 (2 738 m), petite éminence qui offre une vue plongeante vertigineuse sur le refuge de la Soula. Dans la descente, une émotion terrible me serre la gorge : je rencontre un isard à l’agonie. Il ne bouge plus. Lui, le roi des Pyrénées, agile sur le rocher le plus redressé et capable d’avaler n’importe quel terrain à la vitesse de l’éclair, ne bouge plus. Aucun râle. Il ne pousse même plus un dernier « pscheu-eu-eu-eu » lorsque je m’approche de lui. Il ne bouge plus et c’est immobile qu’il s’en va…
        Le deuxième jour, à peine ai-je quitté le petit lac d’Ardoun dont les eaux reflètent les pics des Gourgs Blancs et de Clarabide que je remonte une pente herbeuse assez raide pour prendre pied sur une jolie crête. Je la parcours sur le fil vers l’est jusqu’à atteindre le sommet du pic Pétar613 (2 542 m). Autrefois, avant l’exploit de Schrader13, c’est l’actuel pic Schrader que les locaux appelaient pic Pétar ou pic Tonnerre.
        Le soir, je retourne au refuge de la Soula. J’y passe la nuit. Et le lendemain, dans cette zone de hauts sommets largement explorés, certains sont encore peu visités. Je choisis de gravir deux d’entre eux : le pic des Courtalets614 (2 699 m) qui a fière allure au-dessus du lac de Caillauas et le pic de Quartau615 (2 543 m) situé à l’extrémité nord-ouest d’un petit chaînon qui sépare le vallon des Gourgs Blancs de celui d’Aygues Tortes. Au sommet de cette montagne, la vue plongeante est magnifique avec d’un côté les eaux bleues du lac de Caillauas et de l’autre les eaux vertes du lac de Pouchergues.
        Je quitte ce petit paradis à grand regret. À Loudenvielle où je fais quelques provisions, mon ardeur s’atténue rapidement à être environnée de bruits et de visages indifférents. Je ne m’y attarde pas et je m’engage sur d’autres sentiers à la quête de nouveaux sommets.

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