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En haut, étang Bleu depuis la crête du pic de Pioulou; en bas, pic des Trois Seigneurs (2 199 m) depuis le pic de Pioulou (2 166 m)


Glace d'Embans et légende d'Artax

La vallée de la Courbière est le point de départ de mon périple haut-ariégeois. J’y accède par le village de Rabat-les-Trois-Seigneurs dominé par l’élégant pic des Trois Seigneurs qui porte trois crêtes : elles se déploient en de longs tentacules et séparent trois petits cirques modelés par l'érosion glaciaire. Je vais gravir deux sommets – Peyroutet (2165 m) et Pioulou (2166 m) – qui émergent timidement d’une de ces crêtes en visitant quelques étangs d’altitude – Bleu de Courbière, Long, Rives et Tirou – et en passant au pied du cirque d'Embans, large muraille qui dégouline d’eau et barre l’horizon. Au XIXe siècle, des porteurs venaient chercher ici des pans de glace de 40 à 50 kilogrammes. Ils travaillaient le plus souvent la nuit pour ne pas risquer de perdre leur butin thermosensible qu’ils plaçaient dans un sac de jute avant d’aller le monnayer à Tarascon. La glace était ensuite envoyée en carriole vers les bars et restaurants de Foix et de Toulouse. Un tiers du volume était perdu par la fonte mais les cafetiers la payaient à bon prix. Aujourd’hui, le glacier a disparu mais il y a toujours de la glace sur les terrasses ariégeoises et toulousaines...
        Dans le village voisin de Gourbit, je monte vers l’étang d’Artax. Une légende raconte qu’il y a bien longtemps, des bergers au cœur de pierre refusèrent de donner du pain à un mendiant qui n’était autre que Jacques, fils de Zébédée, l'un des Douze Apôtres de Jésus-Christ. Seul un brave homme, bienveillant et généreux, accepta de partager sa pitance. Le mendiant lui ordonna alors de fuir la vallée dans les plus brefs délais sans jamais se retourner. L’homme prit les jambes à son coup et s’enfuit. Soudain, un bruit assourdissant fit vibrer la montagne et les estives occupées par les bergers furent immédiatement engloutis par les eaux : l'étang d'Artax était né. Contrairement à tous les lacs des Pyrénées, ce n’est donc pas un lac de cirque glaciaire, de roches moutonnées, de barrage morainique ou de vallée suspendue, c’est un lac né d’une légende ! Au-dessus de l’étang, je gravis quatre sommets modestes – roc de Querquéou (1840 m), Pla de Madame (1906 m), pic de Boucarle (1984 m) et pic de Bassibié (2114 m) – par une crête facile et agréable. Dans la descente, je remarque les entrées de quelques anciennes mines de fer. Certaines étaient encore utilisées au XVIIIe siècle. Elles sont désormais toutes à l’abandon.