Les Arres d’Anie, le plus grand lapiaz d’Europe !
Le plus grand lapiaz d’Europe !
À peine suis-je arrivé à Lescun qu’une balade très courte me propulse au sommet du pic d’Ourtasse (1 446 m) par les pelouses et les fougères de son versant sud plutôt que le terrain à isards de sa crête orientale. Là-haut, « c’est un panorama opulent qui s’offre sans même avoir fait le moindre effort » : on y voit l’ensemble du cirque de Lescun avec ses magnifiques sommets calcaires décharnés et grisonnants d’où émerge la fameuse silhouette pyramidale du pic d’Anie (2 504 m).
Je gravis ce sommet phare de l’ouest pyrénéen par sa voie normale et un cheminement labyrinthique dans un relief désordonné au milieu de roches fracassées et de terrasses calcaires fendues. Au sommet, il y a foule. Sur une ardoise, on peut lire Auñamendi. Le pic est connu sous ce nom au Pays basque. Là-haut, les basques sont nombreux et recréent l'atmosphère et les mœurs de leur pays en parlant une langue unique qui recèle bien des mystères. Leur forte présence ne fait pas d’eux les propriétaires des lieux car le sommet est bel et bien béarnais. J’observe, j’écoute et j’attends tranquillement que tous les randonneurs s’en aillent avant d’installer ma tente au sommet de la montagne pour recueillir égoïstement les fruits les plus délicieux qu’elle offre.
À perte de vue, s’étale un paysage minéral, muet, fantastique et étrange avec des plateaux calcaires taraudés par l’eau de ruissellement, creusés de plaies béantes et couverts de roches blanches tourmentées et fissurées de toutes parts : c’est le remarquable plateau karstique des Arres d’Anie, le plus grand lapiaz d’Europe ! La soirée est magnifique. Les derniers rayons de soleil embrasent les sommets d’une lumière orangée et les nuages flamboient dans un ciel incandescent : ils virent au rose, au saumon puis à l’orange pâle. Je ne parviens pas à mettre dans la boîte des images à la hauteur du spectacle proposé. Alors, je pose l’appareil et j’en prends plein les yeux...