Parfois, un second arc-en-ciel moins lumineux peut être aperçu au-dessus de l'arc primaire. Il est provoqué par une double réflexion de la lumière du soleil à l'intérieur des gouttes de pluie et apparaît sous un angle de 50-53° dans la direction opposée au Soleil. En raison de la réflexion supplémentaire, les couleurs de ce second arc sont inversées par rapport à l'arc primaire, avec le bleu à l'extérieur et le rouge à l'intérieur, et l'arc est moins lumineux. C'est la raison pour laquelle il est plus difficile à observer.
Un arc-en-ciel parfait et dédoublé comme porte d'entrée vers l'inconnu...
Au petit matin, l’air est encore frisquet quand j’enchaîne les ascensions de quatre sommets – Cuyalaret (2 289 m), Anéou (2 364 m), Peña Blanca (2 358 m) et Canaourouye (2 347 m) – en réalisant un joli parcours de crête sur la frontière entre la France et l’Espagne. C’est l’occasion de découvrir le cirque d’Anéou « vu du ciel » et d’apprécier sous un angle différent cette estive où vaches, brebis et chevaux occupent de vastes pâturages verdoyants. Sur le parcours, mon regard est attiré par deux montagnes belles à voir, bien sculptées sur toutes leurs faces : au nord, l’inqualifiable pic du Midi d’Ossau et au sud, le majestueux pic d’Anayet.
Lorsque j’arrive au col d’Houer, le ciel me gratifie d’un magnifique arc-en-ciel, s’appuyant d’un côté sur la végétation brune du pic de Canaourouye, et de l’autre sur les abrupts rocheux du pic de la Gradillère. Avec son arche, il inonde de lumière la montagne encore ruisselante. C’est un arc-en-ciel parfait et dédoublé. C’est une magnifique porte d’entrée comme un passage secret vers des sommets méconnus qui doivent certainement leur anonymat à leur position géographique entre la crête frontière et les trois sites parmi les plus fréquentés de la vallée d’Ossau : le cirque d’Anéou, le pic du Midi d’Ossau et les lacs d’Ayous. C'est un malheur de les méconnaître alors je pars les découvrir.
Du col, je suis la crête au nord-est jusqu’au pied de la petite falaise calcaire qui défend l’accès au pic de la Gradillère (2 271 m) par le sud. Je vise la cheminée mi herbeuse, mi rocheuse à droite et la remonte sans difficulté malgré la raideur du passage. À la sortie, je gravis à gauche les derniers mètres jusqu’au sommet par une pente herbeuse facile. Plus tard, alors que je me dirige vers le col frontalier d’Astu, je surprends un renard posté devant un terrier de marmottes. À ma vue, il détale. Je ne le revois pas, il s’est évaporé.
Je gravis ensuite le pic d’Astu (2 279 m) puis je me rends par une zone d'éboulis à la base de la cheminée qui fend la muraille sud du Caillabet de Rébec (2 209m). Je la remonte en m’aidant des mains, atteins l’antécime, franchis un collet et poursuis l’ascension par une petite cheminée à droite sur des rochers plus stables. Jusqu’à présent, je n’ai croisé personne alors qu’à quelques pas d’ici, à coup sûr, ça grouille et ça fourmille de randonneurs… Je me rends ensuite à la pène d’Houer (2 098 m), petit sommet défendu par une ceinture calcaire au nord puis à la pène de Lapassa (2 077 m) avant de rejoindre le cairn sommital du pic des Arazures (2 213 m) où je retrouve le cirque d’Anéou et un vent d’une violence inattendue.
Tête baissée, je me lance dans sa charge contre lui. « On est toujours perdant à ce genre de tournoi. Non content de [me] ralentir, le vent (pour peu qu’il soit contraire) est un fluide délétère qui rampe dans [mon] âme et la vide de son énergie, il s’immisce dans [mon] esprit pour en devenir l’unique préoccupation ». Il martyrise aussi mon corps : cet ennemi constant, totalement invisible, me gifle et me jette parfois à terre. La tempête est sans sommation jusqu’à ce que le soleil réapparaisse au milieu des nuages. Le vent tombe alors avec la lumière des photons. Il n’y a personne dans le cirque. Je n’ai que le vent, désormais timide, avec qui discuter. Maintenant qu’il s’est calmé, c’est devenu mon ami. « Il sait toujours tout. Il parcourt le monde sans avoir jamais de lieu de naissance ni de lieu où mourir ».