Aquarelle de Lauriane Miara : https://www.laurianemiara.com/aquarelle
Mètre après mètre...
À la veille de la Révolution française, il existait plus de 250 000 unités de poids et de longueur ! La plupart des « cahiers de doléances » de l’époque demandaient l’établissement d’une unité de mesure unique pour supprimer les inégalités et développer le commerce. Et en 1789, des savants furent chargés par le gouvernement révolutionnaire français fraîchement élu d’établir un système de mesures universel, valable « pour tous les temps et pour tous les peuples » qui n’ait plus pour modèle l’homme (pouces, pieds, coudées…) mais le seul vrai patrimoine commun de l’humanité : la Terre. Ils décidèrent que cette unité de longueur serait la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre et on l’appellerait le mètre. Il fallait donc mesurer le quart du méridien terrestre et diviser la valeur obtenue par dix millions pour connaître l’unité de longueur de référence. Cette définition semblait peu compatible avec les moyens de l’époque puisque, au vu des connaissances et des instruments à disposition, il n’était pas possible de mesurer cette longueur dans son intégralité, c’est-à-dire d’un des pôles jusqu’à l’équateur. L’idée était donc d’en mesurer une partie et par extrapolation, d’en déduire la longueur totale. Les savants français choisirent le méridien de Paris entre les villes de Dunkerque et de Barcelone.
En 1792, par la volonté de Louis XVI, deux scientifiques et astronomes de renom, Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre, furent chargés d’arpenter la Terre entre ces deux villes. L'histoire humaine de leurs aventures est incroyable puisqu'elle se déroule au cours d'une période particulièrement agitée : le roi est décapité, le régime de terreur se met en place, les guerres se succèdent... L'histoire scientifique est passionnante. Les retombées de leur travail ont largement dépassé les frontières du monde de la science : le mètre est devenu le maître du monde !
Les deux astronomes sont entrés dans l’Histoire. Au mois de mai 2024, je suis parti sur leurs traces en fuyant dans la géographie. J’ai suivi le méridien de Dunkerque à Barcelone, le long de l'axe du mètre. Le méridien est une ligne imaginaire, il n’est pas balisé, ce n’est pas l’autoroute piétonne de Compostelle, il se rit des obstacles, de nombreuses voies de communication le franchissent, chacun peut choisir son itinéraire. Le mien fut un passage dans l’incognito, à l’écart des grandes voies, au plus près de la ligne : j’ai parcouru 1 600 km à pied et j’ai marché cinquante jours à travers les villes et les villages, les plaines et les plateaux, les forêts et les montagnes... et chemin faisant, j’ai traversé le Massif central et les Pyrénées. Cette marche, mètre après mètre, a été l’occasion de découvrir ces deux massifs de façon tout à fait originale.