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Aquarelle de Lauriane Miara : https://www.laurianemiara.com/aquarelle


Vivre l'hiver dans un igloo

Mon abri éphémère de neige est fin prêt. Je ne sais pas encore à ce moment-là si mes nuits seront agréables dans cet univers d’eau solidifié, mais j’ai déjà quelques certitudes. Ma nouvelle demeure qui ne m’a coûté que quelques heures de travail est une belle affaire écologique : rien que du naturel pour le matériau utilisé, rien que la machine du corps pour sa construction. C’est aussi une belle affaire immobilière : elle jouit de vastes horizons et le silence des voisins est garanti. Certes, sa surface n’est que de 3 m2 mais avec le temps, je me suis rendu compte que je ne m’y sentais pas le moins du monde à l’étroit, car j’y trouvais assez d’espace pour mon imagination. Je vais donc demeurer là, bien au chaud, dans mon abri de glace comme un grand tétras ou encore une perdrix qui continuent à vivre l’hiver ensevelis sous la neige amoncelée. Eux n’ont pas de nourriture. Moi, je becte dès que j’en ai envie. C’est une grande différence : pour eux, l’hiver est une lutte ; pour moi, c’est une aventure.
        Dans cette aventure, il me semble impossible de vivre l’hiver sans éprouver jusqu’à l’extrême le froid, le silence et la solitude. Ce n’est pas une punition, mais une épreuve volontaire. J’ai opté pour un long séjour. Je pensais qu’il fallait accumuler des jours même si ces jours paraissaient identiques, car l’hivernation est « une alchimie du temps sur l’âme. C’est un processus qui ne peut être immédiat ni même rapide ». Un week-end ne suffit pas à venir à bout de ses habitudes. Passer une nuit dehors en sachant que le lendemain on retrouve un habitat chauffé à 20 °C et un bain chaud ne permet pas de se fondre à la nature sauvage, de la voir dans son intimité et de jouir de tout ce qu’elle a de merveilleux.